Bonjour,
Ne vous êtes vous jamais trouvé face à une situation impossible et de vous entendre dire « c’est comme ça » ou encore « qu’est-ce que tu veux faire », ou le fataliste « c’est la vie » ?
C’est parce que j’en ai assez d’entendre ces phrases, que je décide de vous soumettre ce blog en deux parties. La première traitera des problèmes, et la deuxième, bien sur, posera des idées.
Comme vous l’avez peut-être lu dans « mon profil », je fais parti de ces musiciens non intermittents, dans mon cas RMISTE (mais j’en connais qui ne l’ont même pas), capables de gagner correctement sa vie lorsque toutes les conditions de travail sont réunies (employeur, facture, fiche de paie).
Je revendique d’avoir fait le choix d’exercer une activité (et je n’emploie pas le mot métier) précaire par nature et ne le conteste pas. Mais le revers de cette médaille, implique que mon activité, puisque occasionnelle, me soit payée ponctuellement lors de chaque prestation et dans des conditions officielles. ET NOUS SOMMES TRES LOIN DU COMPTE !!!
LES PROBLEMES :
Nous avons deux types d’employeurs.
Les privés : soyons clairs, les plus petits, je pense aux restaurants, paient au noir. Sachez désormais, lorsque vous irez au restaurant avec votre petite copine, que les musiciens qui bercent votre soirée, peuvent dans le pire des cas et selon l’employeur, travailler pour 50 euros de la main à la main…Comment s’en sortir dans ces conditions ?
Inutile de déclarer lors de l’actualisation mon travail puisque aucun document ne prouve quoi que ce soit…Et avec 370 Euros de RMI, ça fait toujours un peu de liquide dans la poche…(faut comprendre !)
Ensuite, nous avons les structures plus grosses. Elles, sont plus réglos. En effet, leur qualité professionnelle leur impose un minimum de transparence. Dans ce cas, nous passons par des associations (nous y reviendrons plus tard). Cette association fournit une facture au nom de l’entreprise pour la prestation. L’association est payée. Jusque là, tout va bien. Que ce passe-t-il ensuite ?
Soit l’association rétribue les musiciens avec fiche de paie (entrepreneur du spectacle), et là pas de soucis, soit sans fiche de paie (par le truchement de tickets de caisse qui justifieront la sortie d’argent). STOP ! Question : dans ce deuxième cas, ça change quoi pour le musicien ? Voyons, l’entreprise a une facture pour l’argent sorti, ça d’accord, l’association a un contrat de travail signé par l’entreprise pour l’argent rentré, toujours d’accord et utilise des facturettes (essence, frais de bouche, petit matériel divers, etc.) pour l’argent sorti pour les musiciens.
Mais dans ce cas, le musicien, lui, n’a toujours que le liquide ! (ce serait pas du black camouflé, ça ?)
Si le musicien, lui, veut une fiche de paie, il devra passer par un entrepreneur du spectacle ou le fameux guichet unique. Du coup, il paie les charges de sa poche. Concrètement, sur une date de 150 euros versé par l’association au musicien, si celui-ci la déclare, il ne touchera que 70 euros.
Quand on sait que la caisse d’allocation familiale déduira systématiquement du RMI l’argent gagné par le fruit du travail, on y réfléchit à deux fois. (Je rappelle que nous avons une activité OCCASIONNELLE et que par conséquent le travail n’est pas quotidien)
Les sommes varient de 50 euros à 100 euros pour les restos par musiciens (parfois dans des conditions d’accueil qui font frémir !!) et 150 à 200 euros toujours par musicien par les comités d’entreprise, maisons de retraite, etc.) ;
En résumé, le privé, c’est un peu d’argent quasi- immédiat, mais noir ou gris très foncé.
Le public : Là, tout se complique. Eux, paient bien. Comprenez que les sommes brutes sont multipliées par deux. On parle donc, en moyenne de 300 euros BRUT par musicien.
Mais ces gens là, se paient le luxe de payer à 45 jours.
Par conséquent, pour une date effectuée le 30 avril, par exemple, l’association se verra payée au 15 Juin, si ce n’est pas plus tard.STOP ! Question : Comment peut faire un RMIste pour survivre si le fruit de son travail est versé 45 jours minimum après son activité ? Je rappelle encore une fois que nous faisons une activité OCCASIONNELLE, et que par conséquent, nous avons besoin RAPIDEMENT du fruit de notre travail. De plus, comment déclarer de l’argent non encore perçu ?
Mettez vous à la place d’un Rmiste qui se voit supprimer TOUT ou PARTIE de son RMI car il a déclaré une date qui ne sera perçue que 45 jours plus tard. Que mange-t-il durant ce laps de temps ? Nos politiciens pensent-ils sérieusement que les précaires disposent d’économies leur permettant d’attendre ?
En résumé, le public c’est bien payé, mais quand ils veulent et en attendant, on peut crever !
Revenons enfin aux associations ou aux structures qui se chargent de vendre des prestations aux collectivités.
Si ces associations passent un accord commercial avec une mairie et qu’elles acceptent cette durée de paiement, libre à elles. Mais dans ce cas, elles se doivent d’avoir les liquidités nécessaires pour payer les musiciens après chaque prestation (dois-je encore rappeler le caractère occasionnel de notre activité ?)
On n’a jamais vu un chef d’entreprise payer ses salariés à 90 jours sous prétexte que ses clients le paient à 90 jours !!!!!
Je considère que payer un travail à 45 jours est du foutage de gueule pur et simple! (Surtout quand on voit ces politiciens faire les yeux qui mouillent devant les cameras de télévision dès lors que l’on évoque les rmistes et de façon plus générale les précaires !)
Les mairies invoquent des budgets qui traînent. Mais je suis désolé messieurs !
Lorsque l’on n’a pas les moyens d’embaucher quelqu’un, on ne l’embauche pas en lui faisant miroiter l’argent à venir !!
Quand je vais chez mon boulanger, et que je n’ai pas mon euro dans la poche, je peux m’asseoir sur ma baguette !!! C’est aussi simple que ça !!!
LES IDEES :
Depuis 10 ans que je fais cette activité, j’ai eu l’occasion d’être confronté à tout types de situations. Que faire pour changer les choses ? En ce qui concerne le public, soyons clair :
Seule la solidarité peut faire plier les institutions. Cela dit la politique culturelle de ces 25 dernières années n’a réussi qu’à diviser la profession ! Je n’ai jamais vu un corps de métier si désuni !
Si « diviser pour régner » est le credo des politiques, force est de constater qu’en matière de culture, l’opération est réussie.
En effet, si pour ma part, ma décision est prise de ne plus jamais travailler pour les institutions publiques à leurs conditions, je suis bien conscient qu’un autre prendra le boulot….
J’ai donc décidé de monter ma propre association, ce qui me permettra de stipuler sur les factures destinées aux mairies désireuses de travailler avec nous la formule suivante :
« Compte tenue de la nature occasionnelle de l’activité artistique, l’association XXX percevra la somme convenue par chèque ou tout autre moyen de paiement LE JOUR de la prestation.
Cette condition est non négociable ».
Je sais, je ne vais pas bosser beaucoup…Mais je ne cèderai pas !!!
Celles qui signeront le feront en connaissance de cause et agiront ainsi dans le sens de leur discours…ou elles iront se faire foutre !!
J’aime le travail, mais j’ai horreur d’être traité comme un chien, et il est hors de question que je continue à leur servir la soupe dans ces conditions.
Il nous reste enfin les problèmes du privé.
Si l’on considère une mairie payant une date à 150 euros net à 45 jours. Personnellement, je préfère travailler 3 soirs par semaines pour 60 euros net par soir dans le privé et être payé de suite. Je touche quasi-pareil, je travaille plus, et j’ai l’argent de suite.
Or, nous avons vu plus haut que le plus gros problème du privé reste le travail au noir.
Je propose, tout simplement d’offrir un crédit d’impôt comme le chèque emploi service.
TOUS les musiciens, intermittents ou non, sont inscrits à l’ANPE.
Prenons un exemple : un restaurant embauche un trio. Actuellement cela coûte au restaurateur :
Soit 60 euros au noir par musicien multiplié par trois soit 180 Euros. Cette solution n’aide personne, ni le musicien (pour les raisons citées plus haut), ni le restaurateur qui en cas de contrôle perd gros.
Soit 180 euros (net et brut) multiplié par trois. ABSOLUMENT IRREALISABLE POUR DE PETITES STRUCTURES !!!
Imaginons un crédit d’impôt. Le restaurateur paie net et brut, en joignant au chèque correspondant aux charges, un dossier avec les photocopies des cartes ANPE de chaque musicien, le formulaire que ne manquera pas d’inventer l’administration (je lui fais confiance..) et se verra récupérer ces charges en fin d’exercice comptable.
Ce crédit d’impôt pourrait être instauré au titre du « développement culturel régional » (par exemple), parce que je ne sais pas chez vous, mais ici à Lille, rares sont les fois où l’on peut écouter des musiciens en ville !!
Cette idée aurait en outre l’avantage d’écarter de la profession les amateurs (ceux qui ont un « vrai » métier) qui cassent littéralement les prix en jouant parfois gratuitement !!!
Puisqu’ils ont un vrai métier, pas de carte ANPE et par conséquent, pas de crédit d’impôt pour le restaurateur.
En résumé : ça ne coûte pas plus cher que le noir pour le restaurateur puisqu’il récupère les charges en fin d’exercice sur sa feuille d’impôt :
Il est sur de faire bosser des gens qui en ont besoin (carte ANPE obligatoire pour l’avoir fiscal). En clair, et là je vais me faire des ennemis, fini l’amateurisme qui casse le marché. :
Redynamisation des centres villes
Bien sur, ce ne sont que des idées. Je vous invite à vous exprimer sur les questions suivantes :
1 : trouvez vous normal que des mairies embauchent des artistes parfois voire souvent précaires en les rétribuant à leur convenance ?
2 : trouvez vous normal que des association, sensées par leur activité nous faciliter la vie, acceptent, sans demander l’avis aux artistes, d’être payer aussi tard en répercutant le délai de paiement sur les artistes au mépris de leur situation ?
3 : trouvez vous bonne l’idée de l’avoir fiscal ? (restaurateur, limonadier, je vous écoute)
4 : avez-vous d’autres idées ?
merci
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